10 août, 2006

Azur et volupté


Quand furtivement j’aperçois, au coin d’une rue, la beauté d’une femme, sublime et crue, s’illumine en moi l’Apparition de la chair, épiphanie éphémère, couleurs tremblées en galbes et lumières.

Quand je contemple fixement le bleu du ciel, il gicle en moi une atroce déchirure, rageuse fêlure, joie abominable, euphorie improbable, plénitude sensorielle frôlant de trop près l’infini insondable.
— Par-delà bien et mal, la lumière est fatale.
Quand je contemple fixement la nudité miraculeuse d’un sein lourd et beau, d’un sein pâle et cruel, éclate en moi un déluge mystique d’extase sensuelle — ainsi scintille la splendeur charnelle, ainsi la volupté éclôt et ruisselle.
Quand je perçois longuement l’étrange limpidité de l’azur, il surgit en moi une soudaine envie de fuir tous les murs, m’en aller sans papiers sans argent, sans raison ni vêtements, m’en aller fol et sauvage vers d’impossibles rivages, hurlant ma rage.
— Par-delà bien et mal, la lumière est létale.

09 août, 2006

Sein lunaire

Dans les Mille et Une Nuits les belles ont la peau laiteuse et la chevelure aussi sombre que la nuit. Ainsi parmi les ténèbres la pleine lune luit, et d’un décolleté de soie noire la lumière jaillit, et le ciel flamboie quand le jour s’évanouit — ainsi fuse une violence inouïe du doux baiser fortuit.
Je boirai le mal jusqu’à la lie.
Nuitamment dans un cimetière surgit la lueur singulière d’une bougie, au chevet d’une tombe éclairée tel un lit, et la chair pâle d’une femme belle aux longs cheveux d’ébène, étalée, sans vie.
D’une blancheur lunaire, les seins fermes pointant vers le ciel firent fulminer de blancs éclairs dans mon crâne transi.
Ainsi donc je contemplais fixement le corps nu, quand la cuisse de la morte tressaillit, les narines frémirent et un œil, noir, s’ouvrit.
Je boirai l’horreur jusqu’à la lie.
Ainsi dans la fureur et la rage je jouis, je suis mille fois mort et j’écris, l’azur me hante et je me délecte de pluie — ainsi giclent le sang et la sève du carnage et du fruit. Dans les Mille et Une Nuits les belles ont la peau laiteuse et les yeux aussi noirs que la nuit.

07 août, 2006

Cerise sanglante

Carcasse énorme
sanguinolente
sur un lit

Cerise écarlate
sur le ventre blanc
de Julie

Grand coutelas
cuisse fraîche
sous la pluie

Julie crève
Julie jubile
Julie oublie

Le sang fait glouglou
sur la meringue
et les fruits

Un gros téton
surgit tout blanc
dans la nuit

La mort rode
la mort rode
j'en jouis.

On ne choisit pas sa chair/mère

Oui... c'est tiré au sort.
Une mère amère, aigre nourrice, ça vous met du poison dans le coeur, ça vous gave de haine, ça vous fait voir toute l'horreur du monde... ça fait de vous un futur écorché vif, candidat au massacre... ça vous donne assez de lucidité et de désillusion pour percer à jour toute la pourriture humaine.

05 août, 2006

Erection intégrale


J’exècre le soleil ! Je lui verserai mon sang sur la gueule !

Je ne suis pas moi.

Je suis l’Os.

Je ne me laisserai pas engloutir par la carne globale.

Mon crâne bande au zénith, et s’éjacule en cosmiques fracas.

Rien. JE NE SAIS RIEN.

Des images s’allument, et des sons, des orgues, seins aveuglants, cuisses crues, blancheur lunaire, beauté déchiquetée, et l’azur.

(Je hurle en silence.)

JE NE SAIS RIEN.

Fêlure sous l’azur cruel, mes yeux increvables béent sur la lumière crue du monde.

Mes os fusionnant en un Seul, érection intégrale de l’Os, je viole les astres et éclate en giclées stellaires.