24 juillet, 2008

Boucherie solaire. Extrait d'un roman inédit

Au printemps Bordeaux et le campus se transformaient en boucherie solaire. Fraîches cuisses blanches surgissant éclatantes, jupettes diaphanes tremblotantes au soleil, tétons pigeonnants illuminés, chair claire, appétissante, exposée... je pouvais voir le grain de peau, la tache de rousseur sur le dos, l’infime naevus sur le sein, une veine sous la peau laiteuse de la cuisse succulente… et les petites culottes !… tenues légères !... nombrils !... micro-jupes !...
Dès le mois de mars les portes de l’enfer s’ouvrent et la lumière du ciel guide mon crâne sur les voies du massacre. Je rage de voir l’azur immense éclairer tragiquement les cuisses et les seins. Ma cervelle se met à bouillonner et je maudis le soleil.

17 juillet, 2008

Horrible beauté

La beauté n'est-elle pas ce pinacle d'équilibre déchirant où la lumière est près d'éclater éclaboussant l'oeil béant du voyeur ahuri ? -- en moi geignent moult bêtes sensitives aux cervelles transies, mon clavier est charnel, du fond de mes entrailles montent des mots et des cris, mon ventre éjacule des poèmes maudits.
Dans mes os érectiles se dressent des chants telluriens, dans le stream de mon sang résonne la musique abyssale de Dionysos sans mesure ni lien.
Ainsi s'épanouit en pointe l'horreur sensorielle, éclat blanc de seins levés vers le ciel, seins gorgés du lait de la terre, rayonnants de sublime lumière.
Ainsi l'effluve ondoyant d'une sombre chevelure éployée dans la brise du soir.
Ainsi le sang vespéral, et la lune lactescente nue dans le noir.
Ainsi l'horreur scintillante émanant d'une oeuvre d'art, et la prose sanglante du poète furibard, et l'exubérance d'une toile aux allures d'abattoir.
La beauté n'est-elle pas ce mystère d'équilibre rageant où la chair s'illumine en gloire, où la peau cruelle du réel se laisse enfin voir ?

14 juillet, 2008

la chair


Une bouche, une pine, un pilon de poulet, un parapluie, une bouche d’incendie —La vie n’est-elle pas une piètre farce bien atroce, d’un comique lamentable, imbroglio de scénarii grotesques, cruelles occurrences ?... et puis hors la banalité : l’excès : éveil tragique — beauté horrible, lumière létale, ivresse vertigineuse au-dessus du gouffre innommable, pourriture, asticots scintillants. Ainsi le cloaque sensitif ouvre sur l’immensité immonde : ivresse sans nom de ce qui se défait, s’affale et s’écoule en dessous.
Fécale éruption.
Il faut imaginer d’énormes charognes sanguinolentes surgissant lentement du ciel bleu.
La furie secrète, muette et anale éclate, solaire. L’azur est une immense putréfaction, la plus pure. Le bleu, déféquant sur des milliards d’yeux, les rince.
La vision renaît et s’allume sous la fiente cosmique. Impossible d’escamoter la Boucherie. L’abominable apparaît abominable, et l’ignoble ignoble, — et le beau, IMMONDE.
Dans la fureur, les hurlements, rages d’une joie atroce — le sang est ivresse. Des orgues d’une cathédrale jaillit et ruisselle une musique abyssale : cet excès de splendeur est comparable à l’immondice en ce qu’elle est excès, et à la chair d’une frêle jeune fille en ce qu’elle est excessivement douce.
L’éclat cru d’un gros sein blanc est une insulte à la prudence, un démenti de la raison, fond laiteux pour des rigoles de sang, orage de déflagrations hilares éclaboussant la gueule à ceux qui pensent à demain.