10 mars, 2009

La chair et le couteau. Extrait d'un roman inédit

La belle endormie était là ramenée à la pure présence, charnelle épaisseur, silencieuse, ici et maintenant étalée.
De ses cheveux roux émanait une douce fragrance, sucrée, crémeuse.
Frôlant de mon nez sa chevelure je la humai profondément de sorte que, l’effluve me pénétrant jusqu’à la moelle, je fus saisi d’un délicieux vertige. Enivré d’effroi et de volupté, effleurant de ma main tremblotante sa poitrine à travers le drap, j’éprouvai la tiède plénitude de la chair. Sous l’estivale couverture sa très fine chemisette était partiellement déboutonnée : d’un petit geste je dénudai aisément le téton gauche sans la réveiller.
Le sein apparut tout rond, plein, inerte, d’une blancheur crue, lunaire. Beau et atroce.
Le couteau avec lequel elle avait découpé le saucisson reposait innocemment sur une petite étagère de bois beige. La lame luisait, courte mais aiguisée, pointue.
Doucement je mis la pointe du couteau sur la gorge de Juliette. Ma main ne trembla pas. J’enfonçai la lame — le sang gicla. Je tranchai la gorge et dévoilai toute la nudité du corps. Le rouge vif se répandit sur les gros seins blancs. Ce que je voyais était d’une beauté démesurée. Ivre de jouissance esthétique, je restai longtemps immobile, contemplant fixement l’apparition, alors qu’en moi ruisselait un déluge d’extase sensorielle.
Je gardai un moment ma langue statique adhérant au sein ensanglanté, puis je me mis à laper goulûment le sang sur la peau délectable. Mordant furieusement dans le téton, de mes dents j’arrachai des petits bouts de chair que j’avalai jubilant…

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